Découvrez une oeuvre Alberto Giacometti Buste de Diego
Après s’être un temps détaché de la figuration réaliste sous l’influence du cubisme et du surréalisme, Alberto Giacometti choisit de revenir au modèle en 1935 et ne cessera plus d’interroger la figure humaine. Son frère Diego, d’un an son cadet, qui lui a inspiré son premier portrait sculpté à l’adolescence, l’a rejoint à Paris en 1925 et va devenir l’un de ses modèles les plus patients et les plus fréquemment représentés.
Très proche d’Alberto il a emménagé avec lui dans l’atelier où le sculpteur passera toute sa vie, au 46, rue Hippolyte Maindron ; les deux frères y vivent dans la même pièce et Diego travaille auprès de son aîné en amenant les oeuvres chez le mouleur, puis comme praticien, s’occupant des tirages en plâtre ou en bronze, supervisant les patines. Même quand il prend un atelier personnel en face du 46, Diego continue à assister son frère tout en réalisant sous son nom des objets décoratifs.
Quand Giacometti revient au travail « de têtes » Diego reprend la pose et Alberto déclare : « Aujourd’hui j’ai travaillé au buste [de Diego] d’après nature [….] et je vais le finir parce que je suis arrivé au point de penser que plus je me tiendrai exactement à la réalité plus j’avancerai ».
L’exposition du musée Toulouse-Lautrec propose trois bronzes représentant Diego, une tête (vers 1937), un masque (1935-1940) et un buste (1961) ; ce dernier, frontal, comme pétrifié, concentre toute la force et la présence des portraits sculptés de la maturité. Du bloc massif puissamment pétri qui évoque le buste et les épaules s’élève le cou comme une mince colonne portant la tête frappante par son réalisme ; elle témoigne de l’acharnement de l’artiste à trouver la ressemblance et à exprimer cette singularité du modèle qu’il poursuit inlassablement.
Entaillant la matière au canif, l’incisant pour tracer les traits, Giacometti donne à son oeuvre un aspect inachevé qui traduit tension et énergie contenue. La surface irrégulière affirme la matérialité, la vibration de l’oeuvre mais aussi la vulnérabilité de la vie : « Rien n’est plus en repos, chaque bosse, crête, courbe, angle, continue à émettre la sensibilité qui la créa » (Jean Genet in l’Atelier d’Alberto Giacometti).
Danièle Devynck Conservateur en chef du mTL
les samedis 13, 20 et 27 avril, 1er juin à 15h,
et les dimanches 7, 14, 28 avril, 5 mai et 9 juin 2019 à 15h
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